ECRITURES

L’œuvre d’Émilie Van Herreweghe s’adresse avant tout au cœur et exige du spectateur un acte de contemplation, presque d’abandon. Presque ? Certain plutôt, car l’on se donne volontiers à la submersion des émotions que ses tableaux transmettent et l’on en oublie tout autre chose que la délicate poésie qu’ils dégagent. Car l’artiste considère son acte créatif avant tout comme une transcendance de ses propres émotions. Passionnée d’escalade et de danse, elle véhicule sur la toile l’énergie qui la possède et qui lui donne le souffle de vie.  Mais expliquer les toiles vibrantes à l’atmosphère planante et féérique, inquiétante parfois d’Émilie Van Herreweghe par le seul biais de l’énergie est réducteur et ne lui rend pas totalement justice. L’amour de la nature, des cailloux, comme elle le dit elle-même, des murs, explique bien des choses au sujet de ses tableaux. Il est naturel alors de retrouver dans ses thèmes de prédilection des danseuses, dont les corps évanescents, en disparition, semblent happées par un fond tourbillonnant aux couleurs d’une puissance émotionnelle unique, appliquées avec un pinceau franc, vif, presque définitif, comme le sont au final nos actes parfois féconds, parfois maladroits.

À côté des danseuses, les paysages sont puisés dans la richesse infinie du Berry que l’artiste aime tant qu’elle est revenue y vivre après des années de dépaysement ; paysages plus ou moins réels, parfois abstraits, ils délivrent vers la conscience des forces cosmiques et telluriques tout à la fois, sorte de visions hallucinées d’un monde qui n’est pas tout à fait le nôtre mais dans lequel on ne rêve que de se perdre.

Les portraits sont avant tout des regards introspectifs, portraits/non-portraits, d’êtres qui pourraient être vous ou moi, mais Émilie sans aucun doute. La débauche d’énergie se marie avec la subtilité des sensations et des émotions. Sensibilité des poses ; grâce des corps qui se jettent dans le mouvement, ou dans l’introspection, comme un défi lancé aux douleurs et aux souffrances de l’existence. Le pigment appliqué généreusement au couteau déborde, s’étale comme l’enduit d’un mur de ferme : franc et puissant.

Il était tout naturel que notre artiste accroche quelques toiles aux murs de l’office de tourisme de Nançay, village qu’elle a découvert voici plusieurs années grâce à ses antiquaires, attirée par l’amour de l’objet ancien, chargé d’histoire personnelle et de vérité, comme elle l’est du reste par les architectures qui témoignent des fractures laissées par la vie séculaire ou multiséculaire. Quoi de mieux que ce lieu éclatant d’histoire, dans ce Berry vivant et traditionnel, pour aller contempler un moment – une éternité ? – les œuvres d’Émilie Van Herreweghe ?

Ne manquons pas de bien nous abandonner à cette contemplation : elle est salutaire.

DAVID CZECKMANY 

Libre comme l'air et le vent, 
Déconditionnée de tous les temps, 
De l'errance au chemin suivi, 
Débarrassée de tous ses replis, 
Outrages et outrances envolés, 
Un appel à la légèreté. 
Désemmurée de tous ses faits, 
Nue et recréée, 
En courbe légère et virevoltée, 
Elle danse à la vie retrouvée. 
Les marécages sont dénoués
De ses pieds embourbés, 
La lueur la révèle hors de l'affligé, 
Dans une plaine lisse loin des rocs acérés, 
Elle crée cette lueur, cet hymne à l'impunité. 
Les nuages flottent encore menaçants, 
Mais la peur s'effrite au firmament,
La tendance s'inverse au gré de cet élan, 
En ritournelles, rien n'est plus fort que le soleil levant. 
Danse dense liberté, 
Danse anse d'êtreté, 
De tout passé, tu es déliée, 
De toute beauté, tu es parée.

Nadia© 

PHOTOGRAPHIE STEPHANE PEVERADA

Emouvants par la force qu'ils dégagent

Majestueux par la taille

Insoumis dans l'histoire qu'ils nous content

Linéaires comme le fil qu'ils suivent et qui nous entraînent

Inspirés d'un passé tumultueux

Elégantes danseuses évoluent vers un futur plein d'espoir

STEPHANIE CHIRON

Des lignes fractionnées

comme une vie fracturée...

... Et

 

Tu laisses une trace

De ce qu il se passe

Dans ton cœur

Dans tes pleurs

Sur une toile

Comme un voile...

Et

 

La distance de tes couleurs

Le châtoiement de tes lueurs

Le trait précis de ta main

Emmène jusqu à demain...

Et La musique de ta peinture

Est un panel à mon armure

C est un écho

à mon ego ...

Et l' instant de ta danse

Est une fèlure à mon carcan

Elle me donne l'envie d être

De ne pas être : peut-être...

SABINE ROSE BAYLE

La difficulté d'écrire sur la peinture de MiVH aujourd'hui, à l’été 2017, vient du fait de son état naissant. Il y a actuellement plusieurs directions, plusieurs manières dans le travail de MiVH. Sans rien en savoir, je décide de n'en retenir qu'une seule. Ma force ne suffirait pas à embrasser tous les actuels possibles. Je fais le pari que dans cette direction au moins s'ouvre un avenir. Quelque chose de grand comme un monde.

Je m'attarderai ainsi sur trois ou quatre peintures seulement, essayant de comprendre la cohérence d'une peinture tout en reconnaissant leur existence propre.

"COURAGE,                 PARTIR,                      QUAND,                                           LA CLEF",

Peintures à l'huile, 2017

Dans une première approche formelle, j’aimerais situer la peinture de MiVH. Je me suis rappelé deux peintures connues.

Le voyageur contemplant une mer de nuage (1818) de FRIEDRICH et Les coquelicots (1873) de MONET.

FRIEDRICH peint un humain face à un monde hostile. Cette peinture fait époque. Car l'hostilité du monde pose la question en retour de l'étrange humanité de l'humain. Ainsi la liberté apparaît sous la figure d'un lieu étrange, inquiet. Particulièrement comme solitude. Contrecoup du 18ème siècle, des Lumières triomphantes. Où la certitude dominait que le monde loin d'être hostile était destiné aux humains. Et où la liberté s'exerçait selon une raison qui devait nécessairement conduire à la bonne décision, une marche vers le progrès.

Dans Les coquelicots de MONET le monde est beau, mais plutôt que d'être à la mesure de l'humain, il tend vers la pure sensation. La figure humaine s’y montre à la limite simple chose parmi les choses, tâche de couleur parmi les tâches de couleurs. Cela peut se lire comme humilité. Poussière qui retournera à la poussière. Mais inversement peut-être aussi comme un état de vie bourgeoise qui finit par se croire naturelle. Et qui risque alors l'oubli de la liberté.

Pas de ce risque-là chez MiVH. Dans le paysage, la figure humaine est reconnue d'emblée. Elle se détache. Elle est un centre d'inquiétude. Une liberté s'y joue. Par contre, si le monde où vit cette figure n'est pas un pur désert hostile et vide de vie comme chez FRIEDRICH, il n'est pas non plus en harmonie ou en parfaite homogénéité avec elle.

 

 

En cela, MiVH propose une peinture tout à fait moderne. Elle continue d'affirmer avec force la puissance de la liberté dans chacune de ses figures humaines. En cela, sa peinture s'inscrit dans la révolution politique qui fonde notre monde moderne. Où chacun naît également libre et digne. Mais elle prend acte que cette liberté s'éprouve dans un monde qui n'est pas à notre mesure. Qui n'est pas non plus sans rapport à nous. D'où un élan inquiet pour reconnaître des signes, pour se saisir de forces sur lesquelles s'appuyer sans que cela ne soit jamais gagné à l'avance.

Dans "Courage", une petite fille jambes nues portant veste anti-pluie, bonnet et sac marche sur un trottoir à peine distinct d’une route qu’on devine sur sa gauche. Un horizon bas délimite un ciel immense. La petite fille s'éloigne, de dos. On ne voit ni son regard ni sa face mais l'allure de sa démarche indique à la fois sa peur et sa détermination. On sent que le ciel, le trottoir, la route nous apparaissent comme ils apparaissent à elle. Un rien sépare l'espace protégé du trottoir de la route plus large. La petite fille s’expose à mille dangers. Et pourtant elle y va tout de même. Un ciel riche s'offre à elle. Des obscurités, des lumières, mille nuances d'orage, toute la palette s'y décompose. Chose merveilleuse mais ô combien inquiétante. Elle y va tout de même, elle n'est pas pétrifiée par la peur, elle sait qu'elle va vers son seul avenir possible. Vers ce qui est ouvert.

"Partir" présente comme une version apaisée de Courage. Le monde y est à la fois limité et ouvert, mais sa richesse exubérante met en sourdine sa dimension menaçante. Encore une petite fille qui marche de dos, qui s'éloigne. Cette fois avec légèreté, elle se promène le long d'un rivage. De grandes herbes secouées par le vent. La mer apparaît sur la droite ainsi qu'une plage en contrebas. La scène est surmontée d'un ciel d'été assez calme. Elle est jambes nues. Son élan doux, joyeux est signifié par sa jupe rouge, jaune et bleu foncé. Une délicatesse est apportée par le chemisier blanc. Loin de se confondre avec le paysage, on sent qu'elle en est l'élément moteur. Elle marche dans cette herbe, dans ce vent et en même temps elle en joue. Chaque touffe d'herbe folle allume le feu d'une nouvelle idée. Le chemin se dessine au fur et à mesure de son pas. Elle capte l'énergie du monde, elle respire ce lieu et l'invente à chaque nouveau pas.

"Quand" présente encore une figure humaine de dos au milieu d'un paysage marin. Une femme est assise jambes repliées sur un rocher. Elle regarde l'horizon. Au premier plan les rochers, puis la plage d'où la mer s'est retiré, enfin un ciel très blanc. Peu de couleurs, le blanc, le gris dominent. Un bleu intense, rare, est d'autant plus manifeste. Celui de la mer encore visible au loin. Et puis peut-être une flaque, ou une poche d'eau sur la plage en contrebas. On est remué par la beauté de ce paysage et en même temps atteint par un manque de sens. On pourrait bien sûr faire de la psychologie avec l'hypothèse que cette jeune femme attend un être parti ou pas encore venu. Plus radicalement, plus simplement, sa posture suggère l'attente ou le désir de quelque chose qui ne vient pas.

La peinture de MiVH nous montre à la fois la beauté et la dimension inquiétante du monde que nous traversons. Pas d'harmonie possible. Pas de désert absolu non plus. Mais des choses posées là devant nous comme des faisceaux de forces. Prendre le risque ou non de les capter, de se faire saisir par elles. Notre liberté se joue au dehors, dans un rapport parfois joueur parfois méfiant aux choses vibrantes que nous tend le monde.

Si la peinture de MiVH restitue ce rapport très moderne au monde, c'est justement parce que chaque chose y vibre, chaque chose y est mue ou tendue par une force. Chaque à-plat de couleur nous touche comme un éclat, une coupure vive de matière. Et le monde se présente comme la juxtaposition de fragments qui se tient devant nous comme une énigme.

En guise de coda, des jambes. Celles de "La clef". Celles d'une femme allongée dans l'herbe. On ne la voit pas. Seules deux jambes apparaissent dressées, remuant, jouant, s'égayant. A gauche et à droite au même niveau des boutons de chardon roses, noirs, et rouges ponctuent l'air au bout de longues tiges fines. On pense immédiatement à l'expression "partie de jambes en l'air". Car ces jambes joyeuses disent en effet non seulement le jeu mais la jouissance. Mais pas de partenaire ici. Cela ressemble donc plutôt à un appel à la jouissance. Dans un air léger qui n'est pas pourtant sans piques.

                                    

EMMANUEL DOLLO AUTEUR - Marseille, août 2017 -

BIENVENUE AUX PHILOSOPHES POETES

 

"Les rois mages venant saluer une peinture naissante"

Vanille-Fraise

Sous un été de feu, confondues dans la glaces,
Des couleurs qui s'enlacent, une boule rose et une beige.
Un corps naît de plaisirs, de parfums qui s'embrassent,
Encore émerveillé des fruits du privilège.

Elle sera grande artiste, la peinture ou la glaise,
Lui douce poésie, encre suave et idylle.
Elle sera sa douceur, le parfum de la fraise,
Lui sera son voyage, ses envies de vanille.

Elle et lui, c'est un cône, le volcan renversé
Une montagne d'errance à jamais disparue,
Effaçant l'héritage, offrant la liberté.

Elle et lui c'est la glace, fondante sous les lèvres,
Une éruption brûlante de désir apaisé,
Un sorbet de passion, que l'or et l'amour servent.

                                                         NAN